CfP: La trace des dieux : empreintes surnaturelles dans le christianisme, le bouddhisme et l’islam (Moyen Âge – époque contemporaine)

31. Mai 2026
Appel à communication

Le colloque se tiendra à l’Université de Neuchâtel les 22 et 23 octobre 2026.

La médiéviste Caroline Bynum a souligné l’importance d’un voyage en Inde dans son travail sur les dévotions dans l’Occident latin : succombant « à l’attente typique du touriste de trouver des parallèles », elle souligne notamment la proximité entre des pierres frappées d’empreintes de pied laissées par des figures célestes du bouddhisme et de l’hindouisme et celles vénérées comme les traces du Christ ou du prophète, notamment à Jérusalem (BYNUM 2018). Plus encore, une empreinte sur le « Pic d’Adam », au Sud-Ouest du Sri Lanka, est mis en récit par toutes ces religions, chacune à sa manière : le pied de Bouddha, Shiva, du premier ancêtre dans le Taoïsme, et d’Adam dans l’Islam, de saint Thomas apôtre des Indes dans le christianisme.

Ce type de pierres marquées intéresse de longue date les folkloristes (BORD 2004), mais ont également donné lieu à des recherches poussées de la part de spécialistes de l’Asie, où le phénomène prospère (BROWN 2004). Ce sont eux qui ont impulsé les premières approches transculturelles, notamment à l’occasion d’un colloque tenu à Bonn en 2018, qui montrait la prégnance de ces marques dans des contextes préhistoriques, antiques et médiévaux (HEGEWALD 2020). Comme le note Caroline Bynum, une fois le trouble du déjà-vu surmonté, ces ressemblances invitent à revenir sur les particularités de chacune de ces dévotions, notamment en regardant tout ce qui se passe autour de ces images : c’est la voie empruntée par Finnbar Barry Flood dans ses recherches fondatrices sur les empreintes des sandales du Prophète, mettant en évidence l’importance des « technologies de dévotion » (FLOOD 2019). C’est suivant cette approche que nous proposons de poursuivre le dialogue transculturel autour de ces traces. Nous invitons les intervenant.e.s à interroger ces différents enjeux sous formes d’enquêtes précises sur des sanctuaires conservant ces traces ou des corpus d’images les reproduisant, avec trois axes de réflexion principaux :

• Les pratiques de dévotion entourant ces images, pèlerinages, prières, stratégies politiques de la dévotion. Un intérêt particulier sera porté à la relation avec des images de pieds produites par les fidèles eux-mêmes dans les sanctuaires, sous formes de dépôts votifs (DRAYCOTT, 2020, EHMIG et al. 2019) ou de graffiti (MROZEK ELISZEZYNSKI 2025). De même, on prêtera une attention particulière à la question des influences entre les dévotionsprovenant de différentes aires culturelles et des traces investies simultanément par plusieurs groupes religieux.

• Les discours et pratiques d’identification, d’authentification et de mise en récit de ces traces. Un accent sera mis sur la relation au corps absent, qui fait de la trace l’image substitutive par excellence (BELTING 2011), mais aussi d’un document, faisant de la trace un type particulier d’« image épistémique » (DASTON 2015), et plus généralement des rapports entre le lieu sacré, sa légende de fondation et la valeur d’authentification revêtue par l’empreinte.

• Les pratiques de démultiplication de la trace sous tous formats, qu’il s’agisse de la trace comme motif iconographique, de représentations grandeur nature ou de copie de ces images de dévotion. Elles posent la question classique de la reproductibilité des images auratiques (BENJAMIN 2000), mais aussi de la puissance particulière de l’image fabriquée par impression, mise en évidence comme une « ressemblance par contact » par Georges Didi-Huberman (2008), et discutée récemment dans le cadre du projet européen « Logique du Négatif » (dir. par Stefano de Bosio, volume à paraître).c

Les propositions de communication (en anglais ou en français) devront être envoyées avant le 31 mai 2026 sous forme d’un titre provisoire, d’un argumentaire de 300 mots maximum et d’une courte biographie (100 mots maximum) aux deux adresses suivantes : 

nicolas.balzamo@unine.ch

nicolas.sarzeaud@uclouvain.be

Organisiert von
Professeur Nicolas Balzamo (Université de Neuchâtel) et le chercheur Nicolas Sarzeaud (Université catholique de Louvain)31

Kosten

CHF 0.00