Tipo di ricerca
Tesi di master
Stato
abgeschlossen/terminé
Cognome del docente
Prof.
Alain
Clavien
Istituzione
Histoire contemporaine
Luogo
Fribourg
Anno
2018/2019
Abstract
Jusqu’à présent, les chercheurs se sont avant tout intéressés aux photographes célèbres, ou aux agences réputées comme Magnum, Gamma ou Sygma. Dans ce travail original, nous proposons d’analyser les pratiques du photojournalisme à une autre échelle, au niveau d’une petite agence romande, «Actualités suisses Lausanne» (ASL), active de 1954 à 1990. Les archives administratives de l’agence étant inexistantes, le travail se base essentiellement sur les entretiens semi-directifs menés avec une dizaine de photographes ayant travaillé pour ASL, ainsi qu’un entretien avec Madame Schlaefli, qui n’est pas photographe mais qui était responsable de l’administration de l’agence.
La première partie donne quelques éléments de contexte, la situation des agences photographiques en Suisse romande, la constitution d’ASL. Elle insiste aussi sur le combat des photographes pour se faire admettre par l’Association de la presse suisse, combat pour lequel le patron d’ASL, Roland Schlaefli est très engagé. Les discussions sont vives jusqu’à ce qu’en octobre 1966, les photoreporters soient admis au Registre professionnel, aux mêmes conditions que les journalistes.
La seconde partie du travail se concentre sur les pratiques des photographes d’ASL. De manière générale, le métier s’apprend sur le tas. Les photoreporters sont des hommes de terrain, qui doivent cumuler les fonctions, savoir se déplacer rapidement, savoir développer leurs photos sans gaspiller de pellicule, savoir sélectionner la bonne photo et s’occuper aussi de la distribution. D’une certaine manière, les agences ont un rôle formateur et elles sont souvent un tremplin professionnalisant pour un jeune passionné et débrouillard, en mettant notamment à disposition le matériel et la voiture, et en payant aussi les notes de frais. Mais une fois le métier acquis, le jeune photoreporter ne reste pas longtemps à l’ASL, qui paie très mal — cette question est très pudiquement évoquée... Dès qu’il le peut, il rejoint une plus grande structure, Edipresse par exemple, où les conditions de travail sont plus confortables
Le travail photographique lui-même doit obéir à quelques critères simples : la photo doit être nette, reconnaissable et bien cadrée pour que le journal puisse rogner si nécessaire. Il y faut du métier : on travaille à l’argentique et au Rolleiflex, on doit économiser la pellicule, mais ce n’est qu’au développement qu’on voit le résultat. Il faut donc être au bon moment au bon endroit et assurer le coup, ce qui fait la fierté du métier. Mais au final, tous les savent, les qualités esthétiques de la photo importent peu, c’est la rapidité
d’acheminement vers les rédactions qui est décisive pour vendre. Le milieu est concurrentiel, mais le plus souvent, tous font la même photo avec une mise en scène attendue. D’où une solidarité dans le métier qui se manifeste par le «coup de ciseau» : pour dépanner un collègue qui est arrivé trop tard ou qui a un problème technique, on offre un négatif. Il n’y a évidemment pas de «coup de ciseau» sur les reportages exclusifs, mais pour le travail plus classique, la pratique semble courante, et elle implique la réciprocité. Les profiteurs sont vite repérés et exclus des pratiques solidaires du groupe.