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Cette thèse traite d’un épisode oublié de l’histoire des musées en Suisse au XIXe siècle : la création des musées industriels et d’art industriel. Entre 1862 et 1907, une dizaine de ces institutions ouvre dans les principales villes du tout jeune État fédéral moderne : les musées industriels de Lausanne, de Fribourg et Sion, les musées d’art industriel de La Chaux-de-Fonds et de Genève, le Kunstgewerbemuseum de Zurich, les Gewerbemuseen de Winterthour et de Bâle, l’Industrie- und Gewerbemuseum de Saint-Gall et la Muster- und Modellsammlung de Berne. Cette thèse vient combler une lacune bibliographique dans l’histoire des musées en Suisse. Nourrie de très nombreuses sources en partie inédites, elle définit ce paradigme muséal complexe que constituent les musées industriels, présentés ici dans une perspective comparative, chronologique et géographique.
Afin de mieux comprendre la création des musées industriel et d'art industriel en Suisse, cette thèse présente, entre autres, les différences et les similitudes entre ces musées. Créés dans le contexte spécifique du fédéralisme suisse, ils obéissent à des fondements théoriques variés et répondent à des réalités très différentes en fonction du contexte économique, de la personnalité du fondateur, de la région ou de la période. Ils ont cependant en commun de collectionner essentiellement des objets d’art appliqué, aussi bien des originaux que des copies, du mobilier, de la verrerie, des céramiques, des objets en métal, en bois et en tissus, mais également des matières premières, des machines (machines à vapeur, à tisser et à broder) et des échantillons. Ces collections, reflet de techniques et de styles variés, devaient éduquer le goût des artisans et améliorer leurs capacités manuelles, tout en renouvelant leurs sources d’inspiration. Les enjeux économiques étaient donc intimement liés aux missions d’éducation et de diffusion des savoirs. Dans une majorité de cas, les musées industriels prenaient place directement dans les locaux des écoles. Par ailleurs, ces bâtiments abritaient souvent une bibliothèque, une salle de lecture, et parfois une collection de brevets et de dessins, ainsi qu’un bureau de renseignements industriels.
À partir de 1884, la Confédération commence à se préoccuper de la question de la formation des artisans et un Arrêté fédéral vient aider financièrement les écoles et les musées déjà existants par des subventions. Les écoles d’art appliqué et les musées industriels joueront un rôle important dans la réforme du style puisque c’est en leur sein
que naîtront certains mouvements comme le style Sapin à La Chaux-de-Fonds et les associations de l’OEuvre et du Schweizerischer Werkbund.