L’expulsion des Soviétiques hors de la Société des Nations en décembre 1939 : nouvelles perspectives historiques

AutorIn Name
Julien Maxime Bruno
Produit
Academic writing genre
Master thesis
Status
abgeschlossen/terminé
DozentIn Name
Prof.
Iréne
Herrmann
Institution
Histoire contemporaine
Place
Genève
Year
2022/2023
Abstract

Dans les derniers mois de l’année 1939, la Société des Nations semble définitivement frappée du sceau de l’inutilité et de l’échec politique. Fondée en 1919 par les vainqueurs de la Grande Guerre avec comme but premier d’éviter les futurs conflits et de favoriser le renoncement aux armes, elle ne parvient pas à empêcher le commencement de la Seconde Guerre mondiale. Lorsque survient une autre guerre impliquant l’Union soviétique contre la Finlande, à la fin novembre 1939, le monde assiste à un sursaut de vitalité de la part de la Ligue. Le choc est particulièrement important, notamment parce que les deux nations sont membres à part entière de la Société des Nations. Par ailleurs, l’agression soviétique, survenant en marge d’un conflit qu’aucune démocratie ne souhaitait, marque durablement les esprits des contemporains, suscite de vives protestations sur la scène internationale et provoque l’expulsion de l’URSS de la Société des Nations au début du mois de décembre. Cette rapidité étonne les acteurs de l’époque : l’institution internationale est réputée pour son indécision et la lenteur de ses procédures. Plus personne n’attend grand-chose de sa part, hors des considérations d’ordre humanitaire ou économique. C’est dans ce climat que survient l’expulsion de l’Union soviétique, renvoi dans lequel on perçoit immédiatement l’empreinte des États qui dirigent de facto l’organisation internationale, France et Royaume-Uni en tête.

Le but de ce travail est d’analyser les trois hypothèses qui sont généralement avancées pour expliquer cette brusque décision de renvoi. La première théorie est que la mise à la porte des Soviétiques de la SDN, sous prétexte du conflit avec la Finlande, serait une revanche des Occidentaux vis-à-vis de l’URSS pour l’échec des négociations de l’été précédent. La seconde serait simplement que l’exclusion est la traduction concrète d’un antisoviétisme général ayant atteint son point culminant en décembre 1939, et donc la manifestation d’une exaspération générale vis-à-vis des Soviétiques. La dernière piste que nous explorerons est que l’expulsion serait mise en avant par l’institution elle-même : en repoussant un élément perturbateur, les hauts fonctionnaires auraient tenté de revaloriser la SDN.

La conclusion de cette recherche est que ce renvoi de la Société des Nations représente l’aboutissement d’un processus qui ne laisse rien au hasard et qui prend son origine en différents points. Parmi ceux-ci, on trouve certes un antisoviétisme bien présent en Europe à l’époque, mais il ne joue pas le rôle décisif que l’on a pu penser. L’idée de revanche suite aux évènements de l’été 1939, quant à elle, n’est tout simplement pas pertinente, car elle ne concorde ni avec l’état d’esprit des acteurs ni avec les documents que nous avons consultés. Au contraire, nous démontrons que le moteur principal est une forme d’opportunisme qui se décline de plusieurs façons ; l’idéalisme sociétaire apparait presque comme anecdotique. Une fois le projet lancé par quelques personnages clefs, celui-ci est porté par les Français et les Britanniques jusqu’à son aboutissement. L’expulsion de l’Union soviétique résulte donc d’une convergence d’intérêts divers et n'aura en fait que peu d'impact sur la scène internationale.

External ID
173388

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