«Le projet Algérie»: la Croix-Rouge est-allemande comme instrument de projection de la RDA dans le «Sud Global» (1952-1990)

AutorIn Name
Mahayan
Righetti
Academic writing genre
Master thesis
Status
abgeschlossen/terminé
DozentIn Name
Prof.
Jean-François
Fayet
Institution
Histoire contemporaine
Place
Fribourg
Year
2024/2025
Abstract

Quand Boumédiene Bensmaïne, représentant du Croissant-Rouge algérien (CRA), déclare lors de sa visite à Dresde en 1957 que la République démocratique allemande (RDA) est la « véritable Allemagne », il illustre la manière dont l’aide humanitaire fait office de levier politique durant la guerre froide, notamment en invoquant les rapports étroits entre communisme et réseaux humanitaires, sujet encore peu étudié à ce jour. Par ailleurs, cet évènement nous invite à questionner, à partir de l’Algérie, les projections de la Croix-Rouge est-allemande (DRK) dans le « Sud Global », qui font l’objet de ce travail. Née de la division de l’Allemagne en 1952, la DRK investit les espaces périphériques d’Asie et d’Afrique dès 1953, avant de lancer en 1956 le fameux « Projet Algérie ». Ce dernier, d’une envergure sans précédent, coïncide avec l’isolement diplomatique de la RDA et perdure jusqu’à la réunification des deux Allemagnes en 1990. L’objectif de cette étude est ainsi de montrer, dans une perspective chronologique, comment la DRK, du long de ses trente-huit années d’existence, se mue en un fervent instrument de politique étrangère pour la RDA, en quête perpétuelle de reconnaissance internationale.

À partir de documents émis par la DRK et le ministère des Affaires étrangères est-allemand, mais également du CICR et de la Ligue, des listes d’envois aux correspondances en passant par la revue mensuelle de l’organisation ainsi que par la presse de l’époque, nous avons selon une méthode quantitative fait communiquer toutes ces sources en établissant un inventaire chronologique des projections réalisées en Algérie et au-delà. Une approche thématique a ensuite révélé l’intérêt particulier d’un travail divisé en trois volets, lesquels reflètent les constantes et jalons du « Projet Algérie ». Le premier chapitre, dédié à la genèse de la DRK en tant qu’organisation de masse, met en lumière la subordination de cette dernière au parti unique d’Allemagne, faisant d’elle un instrument de mobilisation. Dans le sillage de la philanthropie bourgeoise mais aussi des idéaux socialistes, nous montrons ensuite comment la DRK s’approprie l’« humanisme socialiste » pour élargir son réseau d’influence dans le « Global South », cheval de bataille de la révolution socialiste. Partant du postulat que le « Projet Algérie » relève d’une envergure sans précédent, notre second chapitre souligne la vocation identitaire de cette entreprise, en interrogeant : d’une part le matériel (médical, etc.) et les experts (médecin, etc.) envoyés sauver la « Ruhr africaine », de l’autre la médiatisation de l’accueil de réfugiés et de délégations du CRA sur le territoire est-allemand. Ces aides matérialisent alors la volonté d’aller au-delà du mur de Berlin et permettent non seulement d’esquisser les rivalités interallemandes, mais également la concurrence interne au bloc soviétique, révélant la volonté de la RDA de tirer son épingle du jeu et d’ancrer sa légitimité. Enfin, davantage pensée comme une géographie politique, la dernière partie se consacre à l’élargissement de l’aide au « Sud Global » et explore, du monde arabe au Vietnam, les échos du mode opérationnel propre au « Projet Algérie », véritable arcuate delta.

En définitive, de Berlin-Est à Alger, notre étude s’inscrit à la croisée des histoires de l’humanitaire et de la guerre froide et permet, depuis le Maghreb, d’appréhender dans un contexte postcolonial, un pan de l’agenda politique de la RDA encore trop méconnu.

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