Dans ce billet, Cristina, Grisot (Dariah-CH / Clarin-CH) présente l'association « Swiss Social Sciences & Humanities Open Cluster SSHOC-CH » et les raisons qui ont conduit à sa création. Ce billet fait partie d’une série de billets consacrée à l’actualité de l’Open Data dans les sciences humaines et sociales en Suisse, produite à l’occasion du colloque infoclio.ch 2025 «Open Science in History». La série présente divers projets récents, signale des ressources accessibles en ligne et propose des réflexions sur le sujet.
En avril 2024, une nouvelle étape a été franchie pour les infrastructures de recherche en sciences humaines et sociales (SHS) en Suisse : la création de SSHOC-CH (Swiss Social Sciences & Humanities Open Cluster). Fruit d’un effort collectif de nombreux acteurs du paysage national de recherche, l’association vise à structurer, coordonner et renforcer les capacités nationales en matière de données, d’outils, de services et de gouvernance pour les SHS. SSHOC-CH suite le modèle du réseau européen SSH Open Cluster, qui donne un cadre formel permettant la collaboration entre les infrastructures de recherche européennes du domaine SHS, la construction d’une offre de services commune (comme le SSH Open Marketplace), ainsi que la position du cluster dans le paysage plus large des infrastructures de recherche.
Contexte : pourquoi SSHOC-CH est nécessaire ?
Dans le domaine Recherche et Innovation en Suisse, la question de la soutenabilité de la politique, du financement et du cadre de gouvernance pour les infrastructures de recherche en Suisse est une question critique. En effet, comme argumenté par Georg Lutz et Rita Gautschy dans leur Discussion Paper: Towards a Sustainable Swiss Research Infrastructure Policy, Funding and Governance Framework publiée en mars 20251, le fonctionnement actuel en matière de financement, de gouvernance et de suivi varient considérablement en fonction de l'héritage historique et de l'entité qui assume la responsabilité principale d'une infrastructure de recherche. Ce manque de clarté est source de confusion et d'inefficacité : les infrastructures de recherche doivent déployer des efforts considérables pour établir de manière indépendante un modèle de financement et de gouvernance qui soit accepté.
En outre, seulement un petit nombre des infrastructures SHS jouent un rôle actif dans le processus de feuille de route nationale (Swiss Roadmap), et ceci pour diverses raisons comme expliqué dans le Position paper: Social sciences and humanities research infrastructures in Switzerland publié par le comité SSHOC-CH en 20222:
- Le processus d'élaboration de la feuille de route ne s'appuie pas sur une réflexion stratégique interdisciplinaire visant à identifier les infrastructures existantes et les lacunes en Suisse. Plus concrètement, il n'existe pas de tradition consistant à reconnaître les besoins en infrastructures dans le domaine SSH à tous les niveaux de la prise de décision en matière de politique scientifique (établissements d'enseignement supérieur, swissuniversities, SERI).
- Jusqu’en 2025, le seuil minimum obligatoire de cinq millions de francs suisses pour une période de quatre ans a été fixé pour les nouveaux projets. Les infrastructures en SHS sont souvent de plus petite envergure que celles d'autres disciplines, et l'augmentation des budgets aurait probablement suscité des critiques/un rejet. A noter que pour le processus de la feuille de route 2027 le seuil de cinq millions de francs suisse a été rendu plus flexible qu’auparavant.
- Les projets d'un montant inférieur à dix millions de francs suisses, à l'exception du domaine des EPF, doivent être financés exclusivement par des fonds provenant d'établissements d'enseignement supérieur.
Le domaine SHS est donc particulièrement touché par ces problématiques de financement et prioritisation car il n'y a généralement qu'un nombre limité de projets solides, et ceux-ci peinent à passer les processus d'évaluation internes au sein des établissements d'enseignement supérieur.
Pour finir, malgré le nombre assez élevé d’infrastructures SHS déjà existantes, comme FORS (centre d’expertise en sciences sociales), DaSCH (centre des données et services pour les humanités), LiRI (infrastructure linguistique), ainsi que de nombreux projets locaux ou disciplinaires (Dictionnaire historique de la Suisse, Année Politique Suisse, swissvote, histHub, Dodis, Inventaire des trouvailles monétaires suisses, infoclio.ch, etc.), ces infrastructures opèrent souvent en silos, avec peu d’échange actif entre elles. Elles partagent pourtant des défis communs : conformité à l’Open Science (données ouvertes, principes FAIR), gestion de données de différents types (son, texte, images, enquêtes), interopérabilité, pérennité, compétences spécialisées, financement stable.
La création de SSHOC-CH est directement liée à ces problématiques et s’inscrit comme une réponse de la part de la communauté scientifique concernée à ce déficit de coordination et de visibilité : elle rassemble les infrastructures SHS suisses et les nœuds nationaux d’infrastructures européennes, pour favoriser les synergies, représenter collectivement les besoins SHS auprès des décideurs dans le domaine Recherche et Innovation, et contribuer au dialogue de politique nationale.
Mission, objectifs et principes
Concrètement, SSHOC-CH est une association, ouverte aux membres individuels et avec la participation de plusieurs organisations (infrastructures de recherche nationales, les nœuds suisses des infrastructures européennes de type ERIC, centre de recherche et instituts des universités et hautes écoles, ainsi que l’Académie suisse des Sciences Humaines et Sociales).
SSHOC-CH est dirigé par un Comité directeur constitué de Georg Lutz (président, directeur FORS), Cristina Grisot (vice-présidente, coordinatrice nationale CLARIN-CH et coordinatrice adjointe de DARIAH-CH), Sacha Zala (directeur Dodis), Rahel C. Ackermann (directrice Inventaire des trouvailles monétaires suisses), Rita Gautschy (directrice DaSCH, coordinatrice national DARIAH-CH), Thomas Hänsli (directeur Swiss Arts Research Infrastructure), Elena Chestnova (chercheuse, Università della Svizzera italiana), Doris Hanappi (Research Projects Leads Jakobs Center UZH), Beat Immenhauser (co-directeur Académie Suisse des Sciences Humaines et Sociales), Stéphanie Steinmetz (professeure Université de Lausanne), Christiane Sibille (cheffe de projet Digital Scholarship Services ETH Bibliothek), avec le soutien de Emilie Morgan de Paola (FORS) comme coordinatrice.
Toute personne faisant de la recherche et/ou travaillant dans des infrastructures de recherche basées en Suisse ou s'engageant en faveur des infrastructures de recherche est invitée à rejoindre l’Association SSHOC-CH: https://sshoc.ch/join/
Grâce à la participation d’une large palette d’organisations et individus, le but de SSHOC-CH est de créer un cluster national des infrastructures SHS en Suisse, intégrant les infrastructures nationales et les nœuds nationaux des infrastructures européennes (ERICs, ESFRI).
- Cartographier le paysage SHS et veiller à son évolution : en coopération avec les parties prenantes, établir un inventaire des services, infrastructures, projets SHS en Suisse ; en collaboration rapprochée avec communautés scientifiques, identifier les lacunes, les redondances et les besoins émergents; renforcer la participation et la visibilité des infrastructures de plus petite taille ou celles qui ont des ressources limitées.
- Identifier des synergies et promouvoir la coopération entre les infrastructures existantes à plusieurs niveaux, comme par exemple l’interopérabilité technique, c’est-à-dire la capacité à faire communiquer les infrastructures entre elles, ce qui exige des normes, API, modèles de métadonnées compatibles, services partagés
- Favoriser la représentation collective pour accroître l’ampleur, la pertinence et la viabilité des infrastructures SHS, par exemple pour répondre aux exigences financières minimales des feuilles de route nationales.
- Prendre part au dialogue politique national, coordonner et représenter les infrastructures nationales et les réseaux de recherche et de services auprès des instances Recherche et Innovation, de la feuille de route, de la stratégie ORD, etc.
- Aligner la Suisse avec les initiatives européennes : s’intégrer à SSHOC (le cluster européen), collaborer avec les ERICs (CLARIN, DARIAH, ESS, CESSDA, SHARE), et assurer que les infrastructures suisses soient bien connectées à l’écosystème européen.
- Encourager la formation et le soutien aux chercheurs et chercheuses : coordonner des ateliers, des formations et des services d’appui pour les chercheurs et chercheuses, bibliothécaires, gestionnaires de données, etc., ainsi que coordonner des groupes de travail.
- Engager la communauté et diffuser l’information : mobiliser la communauté SHS suisse, organiser des événements, favoriser la participation des institutions et des chercheurs et chercheuses aux activités du cluster.
SSHOC-CH n’entend pas devenir une nouvelle infrastructure ou canaliser directement les financements pour d’autres entités. Son rôle est d’appuyer, de faciliter, de mettre en relation, de coordonner.
Ses principes incluent une approche bottom-up, une ouverture aux acteurs SHS (infrastructures, mais aussi chercheurs et chercheuses intéressé-e-s), et une définition assez souple de ce qui constitue une infrastructure pour permettre une adaptation aux besoins émergents.
Plan de travail en 2026
Groupes des travail SSHOC-CH
Dans le cadre de la mission du SSHOC-CH visant à assurer l'échange et la coopération entre les infrastructures de recherche, à identifier et créer des synergies, le Comité directeur du SSHOC-CH invite ses membres à identifier les thèmes clés de coopération et à proposer des groupes de travail SSHOC-CH.
Ces groupes de travail peuvent traiter de questions communes jugées pertinentes par la communauté SHS ou se concentrer sur des défis de coordination spécifiques dans certaines parties de la communauté SSHOC-CH.
Afin de progresser vers un paysage de recherche mieux coordonné dans notre domaine, le comité SSHOC-CH compte sur la participation et la volonté de tous les membres du SSHOC-CH de contribuer et de mener à bien ces efforts. Un certain nombre de principes de fonctionnement ont été formulés au sujet du champ, la composition et la direction des groupes de travail. Toute personne souhaitant soumettre une demande de création d’un groupe de travail SSHOC-CH est invitée à lire les principes de fonctionnement et à utiliser le formulaire de soumission.
Invitation à la 2e Assemblée générale SSHOC-CH
La 2e Assemblée générale SSHOC-CH a lieu le 24 avril 2026 à l’Université de Berne. Lors de cette rencontre, le Comité directeur fera le point sur les activités en cours, les développements stratégiques et les priorités au sein du SSHOC-CH, et proposera des actions concrètes pour la prochaine phase de coordination au niveau national.
En plus de la session officielle de l'Assemblée générale, les membres de la communauté SHS sont invités à participer activement aux réunions thématiques autour des groupes de travail SSHOC-CH. Ces sessions ciblées sont conçues pour renforcer la collaboration structurée entre les groupes de travail et les infrastructures. Trois sessions thématiques sont prévues:
- Les projets autour des Enquêtes (science sociales)
- Analyse des similitudes et mise en réseau des infrastructures (Dodis)
- Les groupes de travail CLARIN-CH (données du langage) et DARIAH-CH (arts et humanités)
Toute personne intéressée à participer à cet événement est invitée à découvrir le programme ici et à s’inscrire avant le 12 avril 2026 en utilisant ce formulaire d’inscription.
- 1
Lutz, G., & Gautschy, R. (2025). Discussion Paper: Towards a Sustainable Swiss Research Infrastructure Policy, Funding and Governance Framework. DaSCH-FORS. https://doi.org/10.5281/zenodo.15388177
- 2
https://sshoc.ch/wp-content/uploads/2025/10/position_paper_ssh_infrastructures_24082022.pdf
