Ce mémoire traite de la thématique du handicap mental à Fribourg dans la deuxième moitié du XXe siècle. L’étude du rapport de la société à l’altérité proche qu’incarne la personne en situation de handicap mental permet de cerner la manière dont cette différence est construite et son contact organisé. Les enjeux de cette recherche s’inscrivent dans la réflexion plus large de ce que signifie le rapport à la différence : « disability is made, understood and created in our relationships with one another. It therefore strikes at the heart of what it means to be human. Disability always invites an investigation of humanity »1. La problématique de cette recherche est la suivante : à travers l’étude et la comparaison de la mobilisation des parents en 1961, lors de la fondation de l’Association fribourgeoise des parents d’enfants mentalement déficients (AFPEMD), et celle des parents fondateurs de la communauté de la Grotte en 1983, comment évoluent les discours et pratiques face au handicap mental à Fribourg ? Chacune des deux temporalités de ce travail correspondent à un chapitre d’analyse. Ces parties sont construites de manière similaire selon trois interrogations : la première question s’intéresse aux motivations des parents, alors que les deux suivantes concernent les discours puis les pratiques. Les trois questions sont les suivantes : pourquoi les parents se mobilisent-ils ? Quel est le regard posé sur le handicap mental ? Quelles sont les actions que proposent les parents ?
Ce mémoire permet d’observer la tension entre le modèle social du handicap, qui considère que le handicap prend forme dans un environnement donné, face au modèle médical, qui conceptualise le handicap comme une maladie individuelle. Ces deux conceptions coexistent pendant toute la période étudiée par ce mémoire, qui observe néanmoins que le modèle social commence à être revendiqué comme paradigme dans les années 1960 et prend une importance significative dans les années 1980 ; par exemple, dans La Liberté, la personne en situation de handicap mental est principalement désignée comme « débile mentale » dans les années 1960, alors que l’appellation « personne handicapée » est la plus utilisée vingt ans plus tard.
L’approche des disability studies encadre les pistes de réflexion suivies dans ce travail de master. Partant du principe que le handicap est une construction sociale, il est question dans ce mémoire d’étudier ladite construction à travers les discours et les pratiques de la société fribourgeoise.
1 GOODLEY Dan, Disability studies an interdisciplinary introduction, 2nd edition, Los Angeles, CA, Sage, 2017. p. XI.