Panel: Botanical Exchange and the Horticultural Trade in the Age of Imperialism and Industrialization

Auteur du rapport
François-Valentin
Clerc
Université de Genève
Citation: Clerc François-Valentin: « Panel: Botanical Exchange and the Horticultural Trade in the Age of Imperialism and Industrialization », infoclio.ch Tagungsberichte, 21.07.2022. En ligne: <https://www.doi.org/10.13098/infoclio.ch-tb-0263>, consulté le 20.05.2024

Responsabilité : Judith Vitale et Halea Ruffiner
Intervenantes et intervenants : Louise Couëffé, Cyrian Pitteloud, Halea Ruffiner et Judith Vitale
Commentaire : Charles-François Mathis

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Si les historiens ont souvent évoqué les conséquences de l’impérialisme écologique sur les pays de la périphérie, les répercussions sur les pays du centre des empires (ici France, Suisse et Japon) sont restées relativement absentes des débats. Ce panel explore cette piste en prenant pour objet les échanges botaniques et le commerce horticole du 19ème siècle au début du 20ème siècle.

Avec le développement parallèle des échanges et des expéditions scientifiques qui caractérise cette période, de plus en plus d’espèces exogènes sont introduites en Europe, soit volontairement, à des fins ornementales ou utilitaires, soit fortuitement, via les lests des bateaux. Conséquemment, les flores locales évoluent. Ainsi commence l’exposé de LOUISE COUËFFÉ (Angers) qui prend pour étude l’ouest de la France. Tout au long du 19ème siècle, la pratique de l’horticulture et de la botanique progresse grâce à la démocratisation de son enseignement et à la diffusion d’une littérature spécialisée. L’augmentation du nombre d’herborisateurs amateurs concourt à la réalisation de flores locales. Mais se pose, pour les acteurs herborisant, la question de l’inscription des espèces exogènes dans ces catalogues. Selon Couëffé, il est possible de comprendre leur statut en croisant leur présence dans les herbiers et dans les flores locales. Les perceptions de la flore évoluent tout au long de la période. En effet, jusqu’au début du 19ème siècle, le jardin est encore considéré comme un espace légitime d’herborisation. Or, à partir des années 1830, les espèces exogènes cultivées sont progressivement disqualifiées. Elles ne trouvent plus leur place dans les flores locales car elles empêcheraient l’appréhension immédiate de la physionomie botanique d’un pays. À la même période le naturaliste Isidore Geoffroy de Saint-Hilaire introduit la notion d’acclimatation, qui tolère l’intervention humaine, à la différence de la naturalisation. Ces préoccupations traduisent la conception d’une nature qui serait immuable, et la recherche de ce que serait la flore indigène originelle. Les écarts entre les herbiers et les flores témoignent également du fait que la pratique d’herborisation ne se limite plus aux cercles savants et que les amateurs manifestent un intérêt croissant pour les espèces exogènes. L’évolution du statut de ces dernières se comprend par les différentes conceptions des modes de naturalisation : ainsi, la légitimité des espèces naturalisées à la fin du 18ème siècle se trouvent être remise en question par les botanistes à la fin du 19ème siècle.

La présentation des responsables du panel, HALEA RUFFINER (Zurich) et JUDITH VITALE (Zurich), met aussi les botanistes à l’honneur. Elle interroge l’influence de l’expansion coloniale sur la perception des écologies domestiques. Vitale rappelle que les voyages lointains permettent l’accumulation et le partage des connaissances scientifiques à une nouvelle échelle. C’est ce dont témoigne le tour du monde du botaniste suisse Carl Joseph Schröter à la fin du 19ème siècle, qui l’emmène jusqu’au Japon. Sur place, il partage ses connaissances avec son homologue japonais Miyoshi Manabu. Cette rencontre inspire Miyoshi qui, quelques années plus tard, établit une association pour la préservation des paysages et publie un atlas des flores japonaises. À la même époque, explique Ruffiner, les botanistes zurichois constatent que de nouvelles plantes poussent sur les sites de construction et au bord des chemins de fer. L’urbanisation, l’industrialisation et le commerce sont un terreau favorable au développement des plantes exogènes. L’arrivée de ces plantes est perçue comme une chance, un véritable Eldorado floristique. Bien qu’elles puissent altérer la flore locale et entrer en compétition avec les plantes endémiques, les espèces introduites se présentent d’abord comme une richesse. C’est toutefois à la même époque que naît un souci de préservation de la flore, qui va faire de celle-ci un enjeu identitaire. En somme, conclut Vitale, les botanistes ont contribué à démontrer la diversité et l’adaptabilité des espèces. Ils ont été à l’origine de la création d’instituts de préservation, participant à la définition d’une identité nationale (national distinction). Mais les botanistes ont aussi essayé de se confronter à de nouvelles questions encore actuelles aujourd’hui en relation avec le changement climatique. Pour Vitale, la capacité des plantes exogènes à s’adapter aux écologies locales est un signe encourageant et montre le pouvoir régénérateur de la nature.

La contribution de CYRIAN PITTELOUD (Paris et Genève) s’inscrit dans la continuité de ces questionnements. Dans la seconde moitié du 19ème siècle, le Japon connaît un formidable essor industriel qui s’accompagne d’un fort impact sur l’environnement. C’est ce que révèle l’étude de la mine de cuivre de Besshi située dans une zone montagneuse sur le versant nord de l’île de Shikoku. Exploitée par l’entreprise Sumitomo, elle est l’une des plus importantes du Japon depuis le 17ème siècle ; au 19ème siècle, elle est la première en termes de production. Le cuivre est alors essentiel au développement industriel, tant pour l’électrification que dans le domaine militaire. Cependant, les environs de la mine sont en proie à un certain nombre de dégradations : pollution, déforestation, glissement de terrain, etc. Ces nuisances s’aggravent encore avec l’installation de raffineries sur la côte, à Niihama. Dès lors, la population locale se mobilise contre les rejets de dioxyde de soufre. Dans ce contexte tendu, la direction de la mine va prendre des mesures, sans toutefois reconnaître sa responsabilité. Dans les années 1890, alors que les forêts, déjà entamées pour les besoins de la mine (construction, combustion, etc.), sont atteintes par les émanations, la compagnie lance une politique de reboisement. Sur ordre du gouvernement, pour préserver la zone, la fonderie de Niihama est déplacée dans un ensemble d’îles de la mer intérieure du Japon (Shisaka-jima). Or, cette décision a pour conséquence de répandre les fumées toxiques sur une zone plus étendue. À partir de 1910, la mobilisation reprend et le gouvernement force la compagnie à négocier avec la population pour limiter la production, adapter le rythme industriel au rythme des récoltes et créer des fonds de compensation. La préoccupation de Sumitomo pour les forêts n’a rien d’original : les forêts constituent en effet une part importante de l’imaginaire national. À cette époque, l’idée d’un amour de la forêt (airin shisō) spécifiquement japonais se répand et sert de référence commune. Ce particularisme fantasmé enrichit le nationalisme mystique (kokutai) naissant. Ce n’est donc pas un hasard si cette idéologie se trouve mobilisée en contexte colonial, par exemple en Corée où le savoir-faire sylvicole japonais sert de caution à l’emprise japonaise sur les stocks forestiers. Au-delà des discours, l’intérêt porté aux forêts a des déterminants multiples. Dans le cas de la mine de Besshi, il s’agit d’assurer le renouvellement d’une ressource indispensable à la pérennité du site, de prévenir les glissements de terrain, de répondre aux contestations, etc. De plus, cette pratique d’une sylviculture régénératrice est enrichie, à la fin du 19ème siècle, des savoirs acquis à l’étranger, notamment en Allemagne. Par la suite, ce genre de programme se généralise, parfois sous la contrainte gouvernementale.

En conclusion, CHARLES-FRANÇOIS MATHIS souligne la pertinence d’une réflexion sur les échanges botaniques pour comprendre l’histoire des relations entre l’humain et son environnement. L’aspect méthodologique est également mis en avant : chacune des présentations met en pratique ces jeux d’échelle entre local et global à l’âge des empires et de l’industrialisation. Les présentations de ce panel trouvent également un dénominateur commun dans la notion tierce de nationalisme. La botanique devient alors un champ de lutte en même temps qu’une ressource à mobiliser. Préservation, patrimonialisation et affirmation d’une identité nationale jouent alors de concert. À ce propos, Couëffé note que l’enrichissement de la flore locale est aussi vu comme un enrichissement national, tandis que Vitale parle d’anthropomorphisme à propos de l’association des plantes à des caractères nationaux.



Aperçu du panel:
Louise Couëffé, The Collection of Plants in the West of France in the Nineteenth Century

Cyrian Pitteloud, Environmental Compensation Policies and Eco-Nationalism in Modern Japan (19th–20th centuries)

Halea Ruffiner et Judith Vitale, Swiss and Japanese Botanical Exchanges about Native and Foreign Plants

Evènement
6e Journées suisses d'histoire
Organisé par
Société suisse d'histoire et Université de Genève
Date de l'événement
Langue
Français
Report type
Conference