L'entente internationale anticommuniste en finlande: comment transformer un chec politique en un succès médiatique

Nom de l'auteur
Lévi
Morosi
Type de travail
Mémoire de master
Statut
abgeschlossen/terminé
Nom du professeur
Prof.
Jean-François
Fayet
Institution
Histoire contemporaine
Lieu
Fribourg
Année
2022/2023
Abstract

En décembre 1939, quelques jours après le déclenchement du conflit russo-finlandais, le ministre de Finlande en Suisse Rudolf Holsti rencontre à Genève une délégation de l’Entente Internationale Anticommuniste (EIA). Cette organisation, crée en 1924 par l’avocat d’affaires genevois Théodore Aubert, regroupe les représentants des milieux conservateurs et nationalistes de nombreux pays dans une lutte commune contre le communisme sur le plan international.

En décembre 1939, le docteur Georges Lodygensky, militant anticommuniste d’origine russe et bras droit d’Aubert, offre à Holsti le concours de son organisation pour aider son pays alors en lutte contre l’agresseur soviétique, à organiser la propagande destinée aux prisonniers de guerre, ce que le ministre accepte. Lodygensky part pour la Finlande persuadé que les autorités, en particulier le commandant en chef de l’armée, le maréchal Mannerheim, un vieil ami et membre de l’EIA, l’autoriseront à se charger de cette tâche, avec l’aide d’émigrés russes anticommunistes. Son but est de convaincre les prisonniers soviétiques de devenir après leur retour en URSS les acteurs d’une croisade visant à renverser le régime et reconstruire la Russie nationale. Cependant, à son arrivée à Helsinki, il voit son projet sèchement rejeté par le ministre des affaires étrangers Vaïno Tanner.

La mission de l’EIA ne pouvait en effet réussir tout d’abord par le choix même de la personne qui devait la mener à bien : un monarchiste nostalgique de l’Empire des tsars, un ultra-conservateur qui veut restaurer la grandeur de la Russie. Celui-ci ne peut donc comprendre la position de Tanner, un social-démocrate, certes, mais également un nationaliste. Pivot du gouvernement de coalition finlandais, Tanner est un anticommuniste résolu tout en étant le partisan d’un ordre démocratique fondé sur la concordance sociale. De même, Lodygensky peine à accepter le fait que la Finlande cherche uniquement à sauvegarder l’indépendance nationale obtenue en 1917, après la chute d’un régime qu’il aimerait au contraire ressusciter.

Néanmoins, le docteur obtient le droit de visiter un camp de prisonniers de guerre et grâce aux informations récoltées met sur pied une campagne de presse internationale qui, elle, fait mouche dans le contexte induit par la guerre d’hiver, où il est possible de dénoncer sans retenue le régime bolchevique et refuser dans le même temps de désigner le véritable danger que représente le IIIe Reich pour l’indépendance de la Suisse.

La Finlande, décrite comme un bastion conservateur et un rempart de la civilisation chrétienne, sert d’ arrière- plan blanc pour mettre en évidence la silhouette rouge du “monstrueux” régime bolchevique. Lodygensky présente les prisonniers soviétiques comme étant les victimes d’un système politique pervers prêt à s’écrouler sous le poids de ses contradictions. Les articles du docteur seront bien accueillis par les rédactions de nombreux journaux suisses et étrangers mais ce succès médiatique restera toutefois sans lendemain car le climat favorable dont bénéficie l’EIA en hiver 1940 va s’évanouir après le déclenchement de l’opération Barbarossa puis le retournement de la situation en faveur des Soviétiques.

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