CfP: Santé de genre et masculinités : perspectives historiques (post)-coloniales

30.11.2018 Add to calendar

1 mars 2019, Université de Genève.

Parmi les études de genre en histoire, de nombreux travaux se sont consacrés depuis les années 1990 à la masculinité et à la virilité. Ces recherches ont sans doute eu le mérite, entre autres, de défaire un clivage qui considérait l’histoire des femmes comme le seul objet de recherche ; et d’enrichir l’historiographie d’interprétations qui permettaient par ailleurs de sortir les femmes d’une infériorité sans agency, problématisant donc aussi une approche qui les pensait comme des figures passives d’une histoire essentiellement masculine. L’histoire du genre a permis, de surcroît, de souligner que les hommes sont aussi victimes d’une pensée dichotomique du masculin versus féminin qui les assigne constamment à une définition normée de la masculinité et de la virilité.
Les travaux en histoire sur la santé des hommes restent toutefois rares, comme si finalement, l’assignation de la femme à son corps – notamment reproducteur –avait caché aussi le corps de l’homme. Par un renversement dichotomique des savoirs et des pratiques médicales, le corps des hommes a été scruté uniquement du côté d’une étiologie endogène, voire sociale. Face aux importantes analyses concernant la santé des femmes l’insuffisance des réflexions sur la santé des hommes surprend, malgré l’existence, connue, d’une surmortalité masculine séculaire, qui s’inverse à peine en contexte occidental depuis les années 1990.
Le peu d’analyses sur ces questions évoquent une prise de risque accrue de la part des hommes, liée à leur statut social et professionnel ainsi qu’à des postures viriles face aux soins.
Alors qu’on connaît les conséquences du système biopolitique pour l’histoire des femmes dans le contexte occidental et colonial, il reste encore un important travail à faire concernant l’histoire de la virilité et de la masculinité dans le but de sortir des impasses à la fois de l’objectivisation d’un corps supposé « neutre », d’une nouvelle biologisation des corps et d’une dichotomie essentialiste des sexes.
C’est par ailleurs à l’intersection des rapports sociaux de sexe, « race », âge – entre autres – que se dévoile l’imbrication entre pouvoirs, savoirs et pratiques de santé : ainsi dans la colonisation, les médecins – des hommes pour l’essentiel – produisent-ils des catégories scientifiques qui légitiment des pratiques cliniques, construisant ainsi une multitude de hiérarchies ordonnant non seulement le corps des femmes, mais aussi celui des hommes. L’« observation » du moral et du physique de ces mêmes corps, regardés depuis le miroir inversé de la virilité, participe à construire une épistémologie genrée de la santé qui a des conséquences sur la longue durée. La colonisation est pour ainsi dire un lieu non seulement de production de catégories épistémologiques hégémoniques pour penser – et soigner – le corps de « l’Autre », mais implicitement aussi un lieu de production des nouvelles nosologies médicales : la colonisation intervient en somme aussi dans la production du savoir et de la clinique de la médecine occidentale, qu’il nous faut repenser à l’aune des intersections des rapports de pouvoir de sexe, « race », classe.

Organisé par: 
Maison de l’histoire, Université de Genève ; Francesca Arena (Université de Genève) ; Mathieu Arminjon (Haute École de Santé Vaud) ; Camille Bajeux (Études genre, Université de Genève) ; et al.
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Francesca Arena
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Universitè de Genève
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